Antoine Schirmer a réalisé l’interview d’Isabelle Ottria, coordonnatrice du Réseau d’éducation à l’environnement d’Ariège qui est très étroitement en lien avec TE09.
Bonjour Isabelle, comment es-tu arrivée au RESEDA et comment définirais-tu ton rôle au sein du RESEDA ?

J’ai fait plusieurs métiers avant d’en arriver là, mais toujours en lien avec l’éducation.
J’ai d’abord été directrice de l’exploitation pédagogique au lycée agricole de Pamiers. Dans ce lycée agricole, il y a eu un projet important sur le développement durable, une réflexion sur comment l’établissement pouvait s’inscrire dans une démarche de développement durable parce qu’il y avait à l’époque au Ministère de l’agriculture, qui gère l’enseignement agricole, un dispositif expérimental sur toute la France. J’avais contribué à ce que Pamiers dépose un dossier de candidature et l’établissement a été retenu comme site pilote, avec celui de St Gaudens, parmi une quinzaine d’autres établissements de l’enseignement agricole.
C’est ce qui a fait le passage entre l’agricole et les questions d’éducation au développement durable pour moi.
Après, je me suis installée comme agricultrice, mais j’ai aussi commencé à travailler à l’ANA-CEN Ariège pour accompagner justement des éco-écoles ou des démarches d’établissement en développement durable qui ressemblaient un peu à ce que j’avais fait au lycée agricole.
J’ai aussi accompagné d’autres démarches, comme le « zéro phyto » des collectivités… Ces démarches avaient en commun de questionner le fonctionnement d’une structure dans une optique de développement durable.
A cette époque il y avait déjà un réseau d’éducation à l’environnement, coordonné par Jeunesse et Sport. Et déjà à ce moment-là, j’avais eu connaissance du réseau Territoires Éducatifs et de sa charte dans laquelle était inscrite explicitement l’éducation au développement durable. On avait mis un peu de temps à se connecter, parce que l’enseignement agricole n’avait pas été associé au début. C’est Cathy Naude, de l’Agence Régionale pour l’Environnement, qui accompagnait les lycées en démarche éco-responsables, qui m’a mise en lien avec Territoires Éducatifs.
Ensuite le réseau EEDD s’est essouflé, jusqu’à ce que, au moment de la fusion des deux régions Languedoc Roussillon et Midi-Pyrénées pour former la Région Occitanie, le GRAINE Occitanie impulse une dynamique pour faire émerger – ou ré-émerger – des réseaux départementaux d’EEDD côté ex-Midi-Pyrénées, sur le modèle de ce qui existait déjà en ex-Languedoc Roussillon.
Le RESEdA est parti de là : le GRAINE s’est appuyé sur les CPIE dans les départements, donc sur l’ANA-CEN en Ariège, pour porter un recensement des acteurs et voir s’ils avaient envie de faire des choses ensemble. L’ANA-CEN m’a confié cette mission, et une enquête en ligne a été lancée en Ariège. Il y a eu 45 réponses de structures menant des actions de sensibilisation ou d’éducation à l’environnement, avec un taux de participation vraiment important.
Tout ça, c’était en plein Covid. On a proposé aux personnes qui avaient répondu de se rencontrer entre deux confinements et il y avait plein d’envies, et en particulier l’envie de se connaître mieux, de savoir qui fait quoi, de valoriser nos actions et de mettre en place des actions en commun.
A la première rencontre, je me souviens que les gens disaient « Oui, nous, on veut bien, mais s’il y a des moyens pour juste trois réunions, on ne va pas forcément s’engager… ». Mais l’ANA-CEN avait réussi à mobiliser un poste FONJEP via Jeunesse et Sport pour créer un « Pôle Territorial de Coopération Associative » et un soutien de la Région, ce qui permettait- et permet encore aujourd’hui- de financer un temps partiel de coordination du RESEdA. Et quand les personnes ont compris que oui, il y avait des moyens pour coordonner sur quelques années au moins, du coup, là, les idées ont fusé !
Ce qui a aidé aussi beaucoup, c’est qu’à l’époque, j’étais déjà en lien avec des réseaux qui fonctionnaient côté Languedoc-Roussillon. Anne Canovas, de GEE-Aude, le réseau EEDD de l’Aude, est venue témoigner de leur fonctionnement, de leurs actions. Et donc, au lieu de passer des heures à se dire « Est-ce que vraiment, on peut ? Comment on va faire ? » etc., on avait un exemple concret de réseau qui existait depuis 15 ans déjà, je crois, qui disait « On fonctionne de telle et telle manière ». Et ça nous paraissait complètement réalisable ! Donc ça a vraiment aidé pour lancer la dynamique.

C’est comme ça que je me suis retrouvée à coordonner le RESEdA. Après, si je regarde, moi, j’ai toujours bossé dans des métiers où il fallait faire du lien entre les gens en dehors des structures hiérarchiques, en fait.
Quand je m’occupais de la démarche du développement durable au lycée agricole de Pamiers, j’ai aussi animé des projets au niveau de l’enseignement agricole régional. J’organisais par exemple des rencontres entre les CPE des lycées agricoles qui animaient des démarches d’éco-délégués, mais aussi entre les éco-délégués eux-mêmes.
Aujourd’hui, je ne me dis plus coordinatrice, mais facilitatrice. Je suis là pour aider, si les gens ont envie de faire ensemble, à concrétiser ce qu’ils ont envie de faire ensemble en matière d’EEDD. Bien sûr, j’ai aussi des idées, mais parfois, je me rends compte qu’il y a des choses qui me paraissent des super opportunités et en fait, à ce moment-là, il n’y a pas de structure du réseau qui a envie de se lancer ou aucune n’a le temps…je peux donner des idées mais pas orienter.
Et du coup, c’est quoi le paysage des structures du RESEDA ?
Eh bien, il y a quand même beaucoup d’associations mais il y a aussi quelques petites structures privées, comme « La Boîte à Fourmis », ou encore une structure en cours de création qui s’appelle « La Blob Académie », et des structures publiques.
À l’enquête de lancement, c’était intéressant parce qu’il y a des syndicats mixtes, par exemple, qui se sont positionnés alors que, 10-15 ans en arrière, sur le réseau précédent, ils n’étaient pas dans la boucle. C’est pour ça aussi que dans l’intitulé du RESEdA, il est question de sensibilisation et d’éducation, parce que certaines structures se positionnement davantage sur de la sensibilisation que sur de l’éducation.
Il y a aussi des secteurs jeunesse, qui peuvent être partenaires ou membres. Tu vois, par exemple, le Service Enfance Jeunesse Education de Pamiers a pendant un certain temps été plutôt en position de partenariat, mais aujourd’hui, notamment avec Eloïse de l’Accueil Jeunes, cette structure est davantage impliquée en tant que membre.
Et Territoires Éducatifs ?
Et Territoires éducatifs, je trouve que c’est un super levier pour le RESEdA ! Quand on a relancé ce réseau, en octobre 2020, il y a eu le témoignage d’Anne Canovas de GEE-Aude, mais aussi celui de Nadine Begou pour Territoires éducatifs. Et c’est vrai que pour le réseau, pour un réseau émergent, c’était aussi super de se dire qu’il y avait déjà des liens entre les acteurs éducatifs du département, et déjà des orientations, etc.
Le lien avec Territoires Educatifs, c’est aussi une visibilisation de nos actions avec la newsletter, le Forum du mois de Juin… et une reconnaissance des compétences.
Et tes projets en dehors du RESEDA ?
J’ai un projet musical d’hommage aux femmes paysannes, dans lequel je croise des poésies écrites par des femmes paysannes et de la musique de folklore argentin, avec voix, guitare, flûte et percussion. Il y a déjà eu une toute première au mois d’avril…grâce à Nadine !
On l’a ensuite joué trois fois cet été, et maintenant, on cherche des dates pour le faire tourner.
Il a un nom ce spectacle ?
Oui, il s’appelle « Chemin-Caminos : poésie paysanne et folklore argentin ». Il y aura bientôt des extraits sur Youtube…
Merci à toi
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