Portrait du mois : Régini Joli, tendre vers la fraternité universelle

  • 15 avril 2026

Actualités du réseau Portrait

Mélanie Jacquemin est allée à la rencontre de Régini Joli. Quand des personnes se croisent dans les diverses rencontres du réseau TE09, elles sont parfois à cent lieux de s’imaginer ce qui se cache derrière chacune d’entre elles. Cet exercice des portraits croisés permet de lever quelques voiles…

Qui es-tu, qu’aimerais-tu nous dire de toi ?

Je m’appelle Régini Joli, j’ai 50 ans et je suis la troisième d’une fratrie de cinq, l’aînée des filles.

Après avoir découvert l’Association Française des Volontaires du Progrès à l’occasion d’une mission d’observation au Mali, c’est naturellement que j’ai fait le choix d’orienter ma carrière professionnelle vers le secteur de la solidarité internationale. C’est vers la fin des année 1990 que j’ai décidé de commencer ma carrière professionnelle avec le Samu Social de Paris, en tant qu’agent de nuit, où j’ai eu la chance d’être nommée très vite « Superviseur de Nuit ».

Etant tombée dans la marmite de la solidarité Internationale petite, j’ai eu la chance d’occuper différentes fonctions que ce soit au Ministère des Affaires Étrangères, dans un cabinet en propriété intellectuelle et industrielle ou encore auprès du groupe AXA Assistance, très brièvement. Après ce régime classique, je me suis ” sevrée ” en rejoignant Danielle Mitterrand, Présidente de France Libertés. Je fus, pour commencer, bénévole, puis responsable des dons et assistante administrative et financière.

Ce fut pour moi le début d’une expérience extraordinaire, au contact de nombreuses personnes issues de la solidarité internationale, et surtout celle de côtoyer Danielle Mitterrand. C’était une relation très simple et d’une extrême richesse. Son implication profonde pour la défense des droits humains m’a durablement confortée dans les convictions et les orientations que j’ai données et que je continue à donner à ma vie.

Ma carrière professionnelle est atypique, puisque je n’ai pas fait d’études supérieures, mais ma disponibilité et ma capacité de travail m’ont ainsi permis de progresser dans mes fonctions et mes responsabilités au sein des différentes structures que j’ai eu la chance de rejoindre tout au long de ces années.

Ce qui me caractérise, c’est le milieu de la solidarité internationale : c’était mon environnement quotidien. La défense des plus faibles, le militantisme empreint du sens de mots forts comme humanisme, égalité, fraternité, solidarité, c’est vraiment ce qui m’entourait et m’animait : prendre soin du monde, vivre ensemble, partager.

J’ai grandi en région parisienne, et au début des années 1990, mes parents ont choisi de déménager dans leur maison de vacances qui se situe au Mas d’Azil, et où je venais passer toutes mes vacances ! C’est là qu’est né mon attachement pour l’Ariège.

Je suis venue m’installer à Toulouse il y a une dizaine d’années. J’apprécie vraiment cette proximité et la possibilité de m’investir dans de nombreuses activités sur le territoire ariégeois. Toujours en lien avec les valeurs de solidarité et de coopération, car ce sont elles qui m’ont guidée tout au long de mon parcours professionnel. C’est aussi ça que j’ai apprécié de trouver dans le réseau Territoires Educatifs 09 : faire ensemble et vivre ensemble.

J’ai fait la rencontre de la Fédération Léo Lagrange en 2016, dans le cadre d’un programme commun initié par France Libertés en partenariat avec l’ONG irakienne PAO, et la Fédération Léo Lagrange sur la formation d’animateurs et de formateurs pour des activités destinées aux enfants des camps de réfugiés et de déplacés au Kurdistan irakien. Danielle Mitterrand a beaucoup soutenu le peuple kurde, dès 1986 au Kurdistan turc puis au Kurdistan d’Irak à partir de 1988-1989 et l’Anfal. Elle est d’ailleurs surnommée « la mère des kurdes ». 

Cette entrée dans l’éducation populaire est porteuse d’un nouvel élan

C’était une nouveauté pour moi, et ce que j’ai retenu de ces programmes avec les enfants, c’est que l’éducation est une arme très puissante pour changer le monde, comme le disait Nelson Mandela.

Quelques temps après la mort de Danielle Mitterrand, j’ai fait le choix de quitter Paris pour rejoindre mon compagnon. J’arrive à Toulouse avec l’intention de continuer à m’investir dans des dynamiques collectives pour construire un autre monde. Parce que oui, un autre monde est possible.

J’arrive à la Fédération Léo Lagrange comme bénévole administratrice durant la période du COVID, ce qui ne rend pas évident les rencontres. Mais peu à peu, des liens se tissent et l’allègement de mes charges professionnelles au sein de Toulouse Métropole Habitat, me permet d’être plus présente dans mes engagements associatifs, en particulier dans les actions menées par le Pôle Engagement (lutte contre toutes les formes de discriminations) et plus récemment dans le Pôle Art et Culture (qui œuvre pour la découverte et l’accès de tous les enfants à la culture).

Comment as-tu rencontré Territoires Educatifs 09 ?

Quand j’étais adolescente au Mas d’Azil, j’aurais aimé avoir accès aux structures, activités et animations qu’ont les jeunes aujourd’hui en Ariège, or rien de tout ça n’était présent. Je vois bien la différence avec ce que vit aujourd’hui mon neveu, grâce aux nombreuses actions et ressources que le réseau Territoires Educatifs 09 met en place : pour l’accès à la culture, à l’enseignement, à plein d’activités, au vivre-ensemble. Alors c’est aussi pour lui, et pour mes petits-enfants que je m’y implique.

Concrètement je suis entrée dans le comité de coordination de Territoires Educatifs 09 en 2023 : le collège des fédérations d’éducation populaire avait invité par courrier la fédération Léo Lagrange à y participer : une opportunité à saisir, sans hésiter !

Au-delà de mon attachement personnel pour l’Ariège, j’apprécie la dynamique collective de ce réseau de Territoires éducatifs 09, qui vient aussi de son fonctionnement atypique. Ce réseau ariégeois représente pour moi un exemple de réussite, notamment par comparaison avec d’autres réseaux de territoires éducatifs qui existent ailleurs, mais qui n’ont pas la même vision, le même ancrage, le même rayonnement ni les mêmes actions.
Ce n’est pas seulement une appréciation personnelle : dans les réunions du CRAJEP Occitanie (Comité Régional des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire) où je représente la Fédération Léo Lagrange, il est arrivé plusieurs fois que certains professionnels travaillant dans d’autres départements, remarquent l’originalité et la qualité des actions et du réseau Territoires Educatifs 09.

C’est le résultat d’un choix fait par tous les partenaires impliqués dans ce réseau et dans le projet départemental pour les politiques socio-éducatives concertées : le choix de la primauté du collectif, d’œuvrer ensemble pour accompagner la progression sociétale. Il est temps de mettre un terme aux actions éducatives menées sans véritable but humaniste, et de faire un pas de côté. On peut changer de lunettes et construire ensemble le progrès social en éduquant les individus à se protéger, à prendre soin d’eux et du vivant.

C’est la vocation même de l’éducation populaire : éduquer à partir de ce que l’on aime et de ce qui nous émerveille, pour protéger au mieux ce que l’on a sous les yeux.

Tout en résidant à Toulouse, tu es souvent présente en Ariège, et notamment pour les réunions du réseau TE09. Quelles sont tes autres implications dans la vie associative ariégeoise ?

Depuis 2023, j’ai aussi engagé la Fédération Léo Lagrange pour participer au « Collectif ariégeois de veille pour la fraternité et la solidarité », créé avec de nombreux partenaires pour lutter contre les idées d’exclusion et de ségrégation. Ces idées envahissent aujourd’hui les esprits et la société française, et mettent en danger les valeurs humanistes et démocratiques qui sont celles de la République. En tant que bénévole, je peux représenter aussi la Fondation France Libertés dans ce collectif.

Je suis aussi présente dans plusieurs associations en Ariège, par exemple je suis depuis très longtemps membre active de l’association « Effets nature » qui organise la Fête de la figue au Mas d’Azil, depuis 25 ans. Occasionnellement, je viens au club de parapente de Moulis, pour pratiquer le vol en parapente. L’Ariège, c’est un territoire très étonnant, que j’aime énormément : c’est ma deuxième maison, en fait ! Où que l’on aille, on trouve des configurations très différentes, des complémentarités exceptionnelles, et ça m’émerveille à chaque fois que je viens. On y fait de très belles rencontres, et notamment dans le réseau TE09.

Merci Régini pour cet échange. Pour finir, un rêve que tu aimerais voir se réaliser en 2026 ?

Je vais me répéter : on aime ce qui nous émerveille et on protège ce que l’on aime. Alors pour 2026, 2027 et les années qui suivent : tendre vers une fraternité universelle.

Interview et portrait réalisés par Mélanie Jacquemin