Ce portrait réalisé sous forme d’interview par Stéphanie Bureau, présente Antoine Schirmer que certains et certaines ont pu découvrir derrière un micro lors du forum annuel de TE09, le 10 juin dernier, aux forges de Pyrène.
Depuis deux ans tu es animateur départemental des Francas de l’Ariège, comment es-tu arrivé à cet endroit ? Comment as-tu rencontré l’éducation populaire ?

Le parcours qui m’amène là aujourd’hui, a commencé avec la découverte de l’animation plus que de l’éducation populaire, dans un premier temps.
Ça a débuté grâce à un copain, qui avait passé son BAFA, moi je ne savais pas trop quoi faire à cette époque, et il m’a dit tu verras, c’est génial ! J’ai passé mon BAFA et j’ai commencé à travailler dans l’animation. Il m’a fallu un peu de temps, et rencontrer des personnes, notamment un directeur, qui m’a parlé du rôle de l’animateur. D’un autre rôle que de garder des enfants ! Pendant des années, je crois que j’ai gardé des enfants…J’ai animé, mais sans conscience politique. Je n’avais encore rencontré personne qui m’ait parlé de ça.
Après quelques années, je me suis donc retrouvé avec ce directeur qui était formateur CEMEA. Il m’a fait découvrir le mot éducation populaire. Et là ça a été un déclic !
J’ai passé un BPJEPS activité physique pour tous en 2008 orienté sur le sport en pleine nature.
J’ai continué dans l’animation, en tant qu’animateur sportif sur les temps périscolaires. Mes 10 premières années dans l’animation se résument en un mot : changement. Je ne suis jamais resté au même endroit plus de 7 ou 8 mois : formation BAFA, direction de séjour, animation de séjour et un peu de centre de loisirs… J’ai pris quelques directions et j’ai fait beaucoup d’animation.
Ce qui m’a vraiment le plus plu, là où je me retrouvais le mieux c’était vraiment dans les séjours : l’intensité, en si peu de temps vivre autant de choses intenses, devoir créer du commun, arriver à vivre ensemble à beaucoup si vite et que ça se passe bien.
Et puis y réfléchir. Réfléchir à comment ça se construit, à toutes ces questions de comment faire ensemble pour que l’on réussisse à passer un bon moment avec nos différences ?
Je trouve que c’est une richesse. Le séjour pour moi c’est une école d’apprentissage de compétences psychosociales.
J’ai arrêté ensuite pendant dix ans, quand j’ai eu des enfants. Je ne trouvais que du travail matin, midi et soir, et j’avais envie de voir mes enfants. Pendant cette période, à Bordeaux, l’animation m’a manqué fortement.
Et quelques temps après mon arrivée en Ariège, j’ai repris des recherches d’emploi dans l’éducation populaire et je suis devenu animateur départemental des Francas ! Et là, je réalise un rêve de pouvoir travailler avec des conditions dignes dans le milieu de l’éducation populaire.
Aujourd’hui, quelle est ta définition de l’éducation populaire?
L’apprentissage non sachant, entre non-sachant. Pas sachant déclaré en tout cas, une transmission horizontale de tout : d’un savoir scientifique, d’un savoir culturel, de compétences psychosociales… de tout.
Pour moi, l’éducation populaire est partout.
À partir du moment où on s’échange des choses et où on est capable de s’écouter, de recevoir, pas comme une « leçon moralisatrice », mais plutôt comme une leçon de vie…On apprend tous les uns des autres, et en fait, l’éducation populaire est là, dans la transmission, dans l’apprentissage. Elle est horizontale. Elle ne peut pas être verticale, elle ne s’évalue pas. Elle n’a pas de pression d’objectif.
Pour moi c’est difficile d’évaluer les apprentissages générés dans l’éducation populaire. Elle n’est pas censée s’évaluer, en tout cas, pas quantitativement. Et je pense que qualitativement, chacun-e fait soi-même l’évaluation, par rapport à ses ressentis :« tiens, j’ai appris ça…J’ai été surpris de ça…».
En tout cas, c’est finalement le non formel et le non cadré dans l’éducation populaire qui devraient être un peu plus valorisés. Nous, on la fait vivre à travers des cadres, des projets et c’est important, heureusement que ça existe, mais en fait, l’éducation populaire est quotidienne, elle est de tous les jours.
Et ton travail aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je m’éclate concrètement, dans des projets comme la radio. J’adore le côté technique, enregistrer et jouer avec le son… Mais au-delà de ça, c’est parce que je vais aller écouter des gens, écouter leur vie, ce qu’ils et elles ont à raconter. Je crois que je suis assez curieux, ça m’intéresse toujours. C’est toujours une leçon. Donc l’outil radio vient relier les deux : le plaisir technique et la rencontre.

J’adore être sur le terrain avec des personnes et à faire vivre des projets, en interaction avec les publics. Parfois il y a de petites appréhensions, comment ça va se passer ? Au final, dans les rencontres, j’ai l’impression d’être en apprentissage tout le temps, donc c’est là où je m’éclate.
Ça peut se passer avec d’autres pratiques : graines de philo par exemple… avec les enfants comme avec les adultes. Et j’avoue que je m’éclate plus avec les ados en ce moment et avec les enfants qu’avec les adultes. Parce qu’il y a une sorte de… fraîcheur. Quand on écoute bien ce qu’il se dit, il y a toujours des petits trucs derrière.
Peut-être que c’est parce qu’on a tellement pas assez écouté ces voix que j’ai plus de cœur à l’ouvrage et que j’ai moins envie d’écouter les adultes qu’on a trop entendus. Dans les mots des enfants il y a de l’espoir. Ça va piquer, ça va faire mal parfois. Je crois que ça me fait bouger et ça me fait du bien aussi. Peut-être grâce à ça, ça va m’éviter d’être trop vite vieux ! Physiquement, je vais finir par être vieux. Mais en tout cas, dans mon esprit, j’ai l’impression de pouvoir garder ce lien avec la jeunesse. Pas un vieux jeune et se la raconter vieux jeune ! Mais me dire que ma mentalité puisse aussi évoluer en fonction de ce qui se passe vraiment au niveau de la jeunesse, rester en prise et du coup accepter, en lien aux enjeux que les enfants vivent, accepter leurs paroles, de ne pas les juger.
Comment as-tu rencontré Territoires Educatifs 09 ?
Territoires éducatifs, je l’avais rencontré de loin à travers l’implication des Francas, mais je n’y participais pas directement. Et récemment, le groupe jeunesse « participation des jeunes » s’est relancé, je me suis dit : « ok, là c’est le sujet. »
C’est le sujet qui m’intéresse clairement. Et j’ai trouvé ce groupe très intéressant parce qu’on a pu poser des choses je trouve, qui sont souvent non dites par le milieu adulte, à savoir comment vraiment laisser une réelle place aux jeunes ? Et comment on les implique vraiment mais au plus haut niveau, c’est-à-dire dès la réflexion sur les politiques jeunesse ?
Ce qui m’a manqué ce sont les jeunes dans ces réflexions-là ! Pourquoi il n’y a pas de jeunes alors qu’on parle d’elles et eux ? Ce sont des réflexions qui ont été posées au sein du groupe et je trouve ça intéressant. Je pense que la première réflexion qu’on devrait avoir dans ce groupe, c’est d’inclure les jeunes pour ensuite réfléchir au groupe jeunesse.
Ça a été une rencontre avec des personnes qui réfléchissent à ces questions, qui ont envie de réfléchir à ça, et c’est très très chouette.
Merci Antoine d’avoir joué le jeu du portrait !
Pour finir, un rêve que tu aimerais voir se réaliser en 2026 ?

En 2026, mon rêve serait d’arriver à faire prendre conscience que l’adultisme est un fait réel qui bride les jeunes et les enfants dans le développement de leur esprit critique, qui est mauvais pour leur santé mentale et qui va à l’encontre du développement d’une société saine. On aurait tous.tes à y gagner avec une réelle prise en compte de leurs besoins.
