Portrait du mois : Éloïse Delahaut, sincère, touchante, émouvante…

  • 13 octobre 2026

Actualités du réseau Portrait

Ce mois-ci, Isabelle Ottria a réalisé l’interview d’Eloïse Delahaut, animatrice à l’accueil jeunes du Service Enfance Jeunesse de la Mairie de Pamiers.

Bonjour Eloïse ! Merci à toi d’avoir accepté cette interview ! Peux-tu tout d’abord nous dire pour quelle structure tu travailles et quelles sont tes missions ?

Je travaille pour l’Accueil Jeunes du Service Enfance Jeunesse de la Mairie de Pamiers. Je suis animatrice et j’ai des missions sur la transition écologique, faire du lien avec les établissements scolaires et les partenaires sur le territoire, ainsi que des missions artistiques et culturelles. Je suis amenée à faire du réseau sur le territoire local et départemental. Et je mène des animations avec les jeunes… je crois que j’ai fait le tour ! Ah oui, je suis aussi engagée sur la politique jeunesse en tant que référente « transition écologique ».

Est-ce que tu veux bien nous raconter ce que tu faisais avant, et comment tu en es venue à ces missions ?

Eh bien… j’ai d’abord été employée du club de basket de la ville de Pamiers, puis dans une association qui faisait de l’aide aux devoirs, puis en tant qu’AVS dans deux écoles de Pamiers, Lestang et Les Canonges. Suite à ça, j’ai été embauchée pour faire l’aide aux devoirs par le Service Jeunesse pendant le temps périscolaire. Ensuite la Mairie m’a proposé de passer le BAFA pour pouvoir prendre la suite d’un poste qui se libérait sur l’école de Lestang. C’est comme ça que j’ai intégré le Service Enfance Jeunesse. Après quatre ans en tant qu’AVS j’ai basculé sur un temps plein avec les écoles, les ALAE et le centre aéré. J’ai intégré l’Accueil Jeunes à plein temps après un retour de congé parental, en 2020.

Qu’est-ce qui te porte le plus dans ton travail ? qu’est-ce qui lui donne le plus de sens ?

Le relationnel avec les gens, les jeunes qui, à mon sens, sont l’avenir de notre société ! Et tout le partenariat, le travail d’équipe… Découvrir des nouvelles choses et mettre en lien les gens sur des sujets particuliers divers et variés. Faire partie d’un certain nombre de réseaux… C’est vraiment quelque chose qui me nourrit et qui me permet d’avancer. Et puis la mise en place de projets concrets avec les jeunes, je trouve ça trop bien !

J’allais justement en venir aux réseaux… Qu’est-ce qu’un réseau comme Territoires éducatifs t’amène dans ton travail ?

La possibilité de mettre en place des idées que les jeunes ont évoquées, car mon activité principale c’est vraiment le lien avec les jeunes. Ou encore mettre en place des choses que je pense être sympas pour qu’on puisse développer encore plus la parole et l’expression des jeunes. Territoires éducatifs c’est une plateforme qui permet ça, la mise en lien de tous les gens qui peuvent interagir sur les différents sujets, et qui peuvent aussi valoriser les projets qui sont menés : et ça, c’est quelque chose qui me semble crucial et pas toujours évident.

Récemment, tu me disais que tu avais pu échanger avec les jeunes dans le cadre du mouvement lycéen, qu’est-ce qui t’a marqué dans ce qu’ils t’ont dit ?

Eh bien, ils sont conscients qu’ils ne sont pas les moins bien lotis sur Pamiers, mais ils ont quand même des choses à revendiquer dans les conditions de travail qu’ils peuvent avoir. Ils étaient là pour manifester sur des sujets pacifiquement et pour essayer de faire avancer les choses, et ils se sont dit: « C’est le moment de pouvoir parler, on a l’occasion de le faire ». Et en fait, ça ne s’est pas passé comme ça et ça a été ultra violent. Et c’est ça qui est compliqué à mon sens, parce qu’ils ont été agressés et à partir de là, ils ont basculé dans le côté « énervé », mais toujours avec l’envie de revendiquer des choses simples en fait… L’année dernière il y a des jeunes qui n’ont pas eu de profs de français de toute l’année, par exemple. Tu vois, ce ne sont pas des choses aussi graves que ce que tu peux avoir sur d’autres établissements dans d’autres régions de la France, mais il y a quand même des difficultés. Plus on avance, plus on bosse, plus on s’aperçoit que les jeunes, même dès le collège, même avant, d’ailleurs, quand on leur laisse la parole, ils ont plein de trucs à nous raconter, des trucs cohérents, constructifs ! Quand on les écoute, on apprend des choses et eux ils ont envie de dire des choses ! Ce qui est très difficile, c’est qu’on n’écoute que rarement ce qu’ils disent. Et là, je trouve ça vraiment dommage. Et nous on a la chance de pouvoir le faire et d’essayer de faciliter ça. C’est ça, je crois, que j’aime le plus : la facilitation.

Quand tu dis « nous », c’est « nous à l’Accueil Jeunes » ?

Oui, l’équipe de l’Accueil Jeunes et les différents intervenants avec lesquels on travaille qui ont cette fibre là et qui permettent de mettre en place des temps vraiment agréables avec des jeunes qui ne sont pas toujours faciles, qui ont des histoires de vie déjà très complexes, même très jeunes. Ça, c’est très riche et je pense que c’est ça qui fait avancer les choses.

J’ai cru comprendre que tu étais aussi engagée sur pas mal de fronts en dehors de ton travail, qu’as-tu envie de nous partager dans le cadre de ce portrait ?

Je fais partie du mouvement Calandreta, pour porter les écoles bilingues en occitan. Mes enfants y sont scolarisés. L’idée c’est de s’associer pour faire école avec le reste de l’équipe éducative. C’est hyper riche de pouvoir participer à ça auprès de nos enfants. Quand j’ai commencé, j’y ai été responsable de la commission emploi et garderie. J’ai appris beaucoup de choses et du coup, j’ai développé des capacités du management d’équipe que je ne me soupçonnais pas, donc c’est une expérience qui permet à la fois de se nourrir, mais aussi de créer l’éducation qu’on veut pour nos enfants.

Je suis aussi impliquée dans le monde associatif : c’est de là que je viens, puisque j’ai été employée du club de basket, puis joueuse, entraîneur… Et une de mes filles a repris le basket, donc je remets un petit pied dans les associations sportives aussi.

J’ai également repris une association artistique et culturelle en 2023, « Ateliers d’expressions », qui mène des ateliers d’argile, de peinture libre, de land art, de couture…. Plein de choses en fonction des demandes des adhérents. Moi j’assure les séances d’ateliers avec des adultes ou des jeunes en situation de handicap, avec un foyer de vie ADAPEI. Et donc tous les mardis matins, je fais une séance d’argile avec eux et on essaie de créer des partenariats pour pouvoir faire exposer ce qu’ils ont créé.

Ça doit te faire des bonnes journées tout ça …

Oui, j’ai des bonnes journées… j’ai aussi trois enfants… et un chéri qui monte un projet personnel de café culturel.

Ah, il me semblait bien t’avoir entendu parler de café culturel !

Oui, mais ça, c’est pas moi. Je soutiens juste (rires). Je soutiens à fond. Ce sera à Bonnac et le lieu devrait ouvrir fin janvier.

Est-ce que tu vois d’autres choses que tu aurais envie de partager pour ce portrait ?

Non, si ce n’est que j’adore les petites activités ou stages que je peux mettre en place et qui développent – j’aime pas trop ce mot là, mais c’est souvent celui qu’on utilise – des compétences chez les jeunes de tous horizons. Il y a le travail en partenariat avec Pabloramix sur l’écriture et la création de rap-slam, il y a tout ce qu’on peut faire avec le MIMA et la découverte du spectacle vivant, et le lien qui peut se créer dans les groupes, grâce à l’artistique et au culturel. Il y a aussi quelque chose qui n’est pas toujours facile à mettre en place parce que ça coûte un peu cher, mais c’est les stages avec les animaux, et notamment les chevaux. Et en fait, à chaque fois, même avec des jeunes avec lesquels ça peut être difficile au quotidien, il y a toujours un truc qui se crée, qui est hyper touchant et vibrant. Donc c’est tout un tas d’activités qu’on met en place, qui sont super riches en fait.

Et aussi le travail avec les éco-délégués et le RESEdA, le mini-séjour qu’on a organisé avec l’association REVEAS à Brassacou…

Ce que je peux dire aussi, c’est que cette année, c’est la première fois que j’accompagne un service civique sur l’Accueil Jeunes. C’est un jeune qui était en décrochage et qui, en fait, est motivé et à fond sur le sujet de la transition écologique. Donc c’est chouette de partager avec lui. Je suis en tutorat sur l’Accueil jeunes, mais il est suivi aussi par la Ligue de l’enseignement. On va aussi avoir une jeune en alternance BP-JEPS avec nous cette année. Donc on développe l’accompagnement « +++ » à tous les niveaux. Et l’an prochain, c’est moi qui passerai mon BP-JEPS !

Tu peux nous en dire un peu plus sur le travail avec les éco-délégués et le mini-séjour à Brassacou ?

Ce que je peux dire… c’est que quand j’ai repris le travail après mon congé parental pour mon dernier enfant, ce qui m’a permis de voir les possibilités, c’était de pouvoir travailler avec toi (elle est très émue…et moi aussi!). Parce que je ne voyais pas trop comment je pouvais développer ce que j’avais envie de mettre en place et le travail qu’on a fait ensemble quand tu es venue me chercher par rapport à l’accompagnement des éco-délégués en lien avec le RESEdA, ça m’a permis de voir que c’était possible en fait. Ça m’a permis de voir tout ce qu’il était possible de mettre en place, et désormais on a un partenariat privilégié avec l’association REVEAS à Brassacou à Pamiers sur la transition écologique.

Le mini séjour des éco-délégués, ça a été la galère pour le mettre en place, mais ça a été hyper positif. J’ai pu le faire avec ma collègue Babeth, qui m’a dit «  Ok, je viens » même si ce n’est pas ses missions premières, elle accompagne des séjours mais pas forcément sur le sujet de la transition écologique, et bien du coup, c’était hyper positif, parce que tout le monde est ressorti de là super content.

Les jeunes qui étaient venus étaient ravis, ils ont découvert beaucoup de choses, ils ont développé
leur esprit critique, et se sont améliorés en termes d’écoute aussi. Au début, ils partaient un peu dans tous les sens et au final, ce temps-là a permis de les questionner sur la manière qu’ils ont d’approcher les différents ateliers, la vie en communauté, les enjeux environnementaux. Moi, j’ai trouvé qu’il y avait vraiment une progression, en termes de concentration et de compréhension. C’était hyper chouette. Et à la rentrée, quand j’ai rencontré les dix-neuf éco-délégués du Collège Bayle, il y en avait deux qui avaient participé au séjour et ils ont fait la promotion du truc « puissance dix » et du coup, dans les motivations et dans les envies de mettre en place des choses, le mini séjour est arrivé en tête… avec la revégétalisation de la cour et le travail sur l’alimentation ! Il y a aussi un jeune qui est venu au séjour, qui n’était pas éco-délégué l’an dernier, et qui a voulu l’être cette année. Donc ça a porté ses fruits. Il y a un potentiel de développement autour de tout ça qui est hyper intéressant, je trouve. Et même une conscientisation des adultes qui accompagnent ces jeunes-là. Donc ça fonctionne. On continue !

Chouette! Bravo!

Il y a un truc que je peux dire aussi, c’est qu’avec le service Enfance Jeunesse, on a organisé le Festival Enfance Jeunesse, j’ai participé avec Carole Simon qui chapeaute tout ça depuis des années. Au début, je me suis impliquée sur la séquence « spectacles » et au final, je me suis retrouvée impliquée bien davantage que ce que je pensais ! Alors ce n’était pas facile mais on l’a fait et c’était chouette. Il y a plein de choses à revoir, mais moi, ça fait plusieurs années que c’est quelque chose que j’aime bien faire. Et ça prend un certain temps…Donc un engagement également !

Oui ! Un de plus…

Mon problème, c’est que je ne sais pas trop dire « non »… j’apprends.

Moi, je trouve que pour les jeunes, c’est un super exemple de voir des adultes qui s’engagent !

Oui, mais des adultes qui savent poser leurs limites, c’est bien aussi tu vois … que ce soit pour mes enfants ou pour les jeunes que j’accompagne… Je suis toujours enthousiaste et à fond pour plein de trucs, mais au final, si je n’ai pas pu faire ou être ce que je voulais, je le vis mal… alors je suis redescendue sur l’échelle du perfectionnisme ! Et ça m’a fait beaucoup de bien. C’est bien aussi que les jeunes captent qu’il faut poser des limites. Et je travaille là-dessus. Et ma famille m’accompagne, mes collègues me le rappellent régulièrement.

C’est vrai que c’est important… Allez, une dernière question : si tu avais une baguette magique, que ferais tu avec ?

J’étais à deux doigts de demander le don d’ubiquité pour pouvoir faire toutes ces choses à fond (rires) mais je préfèrerais… comment dire… pas re-questionner, mais complètement modifier le modèle éducatif… dans sa globalité…le modèle sociétal aussi ! On ferait du troc, on supprimerait l’argent (rires)

Pour le modèle éducatif tu commencerais par quoi ?

Mettre en place partout une pédagogie centrée sur l’enfant, qui s’adapte aux jeunes en fonction de leurs besoins, inspirée de Frenet et Montessori et de la pédagogie institutionnelle. Je l’ai vécu comme AVS et je le vis à la Calandreta, Que chacun puisse développer des choses qui facilitent le commun.
Je trouve qu’aujourd’hui, notre système éducatif, est juste basé sur du formatage, et qu’il n’élève pas le niveau. C’est le modèle qu’il faut revoir, la base. Ça ne veut pas dire que j’ai la solution, mais travailler ensemble pour en avoir, je trouve que ce serait plus intelligent.

Merci Madame… et désolée si certaines questions t’ont émue…

Oui, bon…Je suis hyper sensible aussi, donc je pleure facilement, j’ai appris à me faire traverser un peu plus facilement par les émotions… tout le monde est habitué maintenant, donc ça va (rires).
Maintenant, j’ai compris que ce n’était pas une faiblesse. C’est cool.

Oui… je suis très touchée que tu t’autorises ça dans ce cadre…

Et en vrai, je me suis aperçue au fil des années que ça fonctionne assez bien à tous les niveaux, sur les jeunes sur les adultes. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas forte, ça veut juste dire que, à un moment donné, tu as le droit d’être touché. Et ça, c’est chouette.

Un grand merci à toi pour cet échange !

Eh bien, avec plaisir !

Interview et portrait réalisé par Isabelle Ottria