La petite histoire des colos : La tartine

  • 15 septembre 2026

Actualités du réseau Rubri'colo

Rubri’Colos / Episode 10 – Notre rubrique consacrée aux colos serait certainement incomplète si nous n’abordions pas la question de la formation de base des animateurs. Nombre de ces derniers ont encadré, au fil des temps et encadrent toujours aujourd’hui, une multitude de colos avec, pour seul bagage en poche, le BAFA.
Cette formation, qui attestait autrefois d’une expérience bénévole, est toujours particulièrement présente et plébiscitée. Nous mesurons par conséquent la nécessité de lui consacrer une place et d’appuyer sur l’enjeu de ses contenus.

Par conséquent, cet article va se découper en deux temps :

  1. Nous allons aujourd’hui faire référence à un texte extrait de « La tartine de confiture » d’Alain Ghéno, qui utilise la métaphore de la tartine pour illustrer la relation entre la vie quotidienne et l’activité éducative. Cette métaphore illustre à merveille la dynamique de formation et les enjeux éducatifs que les équipes militantes de formateurs et formatrices BAFA souhaitent faire toucher du doigt aux stagiaires.  “La tartine de confiture”, (Alain Ghéno – Les cahiers de l’animation Vacances Loisirs, n°32)
  2. Dans le prochain numéro de notre newsletter, nous évoquerons le stage BAFA encadré cet été par les Francas de l’Ariège et l’équipe de la maraude, au cœur de la colonie de vacances, en présence des enfants. Au dire des encadrants, une belle leçon de vie avec un groupe de jeunes de 16 à 17 ans particulièrement investis et engagés ! À suivre

Mais consacrons-nous ici à “la tartine” : Extrait –

“A-t-on jamais vu une tartine de confiture sans pain ? Une vraie tartine de confiture dont la seule évocation agace les papilles, fait palpiter les narines, et déclenche immanquablement un sourire de contentement. Une de ces tartines où la marmelade de mirabelle, la confiture de myrtilles sont venues s’étendre langoureusement sur une mie serrée, irrégulière, souple, odorante, légèrement acidulée, calée au milieu d’une croûte plus brune que dorée, craquante, chantante, complice. Bien malin qui dira qui du pain ou de la confiture fait la tartine. Elle sera osmose. Mais elle ne sera pas sans pain. Pourtant, ce n’est pas l’évocation du pain qui vient à l’esprit en premier quand on évoque une tartine de confiture. Il semble en être devenu l’élément habituel, usuel, presque anonyme. Indispensable, mais anonyme. Socle incontournable, mais si l’on y prend garde, socle oublié. Et oublié alors tout ce que ce pain a nécessité d’effort, de travail, de compétence, de temps, d’attention, d’amour parfois. Et s’il en était de même pour l’activité? Ou plutôt pour la vie quotidienne ! La fameuse activité, celle qui fait les plannings et les catalogues, celle dont on parle sans arrêt, celle pour qui on pense que les enfants vont dans les structures de loisirs collectifs. Celle qui a été bien ou mal menée. Celle pour qui les moyens manquent souvent, ou qui va tous les engloutir. Cette activité tellement noble qu’elle ne peut plus être encadrée que par une aristocratie de spécialistes, pendant qu’une valetaille de torche-culs s’échine dans l’ombre à faire en sorte qu’elle existe ! Bref, L’activité : Que serait-elle sans la vie quotidienne ? Mieux encore, serait-elle sans la vie quotidienne ?
Pas d’activité sans vie quotidienne organisée. Indissociables, certes. Indissociables l’activité et la vie quotidienne. D’autant que tous les éléments de la vie quotidienne sont activité. Mais il n’y aurait pas d’autres activités possibles sans la vie quotidienne. Qui peut se vanter de pratiquer quelque activité que ce soit sans avoir dormi, mangé ? Sans s’être a minima lavé, vêtu. Sans avoir l’équilibre affectif suffisant que donne la conscience du cadre, des limites spatiales et temporelles. Sans avoir l’assurance que les repères personnels, voire intimes sont stables et protégés.”

Ce texte souligne que l’activité éducative ne peut exister sans une vie quotidienne structurée et de qualité. La vie quotidienne est le socle invisible mais fondamental sur lequel repose toute activité. Oublier ce socle, c’est risquer de fragiliser l’ensemble du projet éducatif « Qui peut se vanter de pratiquer quelque activité que ce soit sans avoir dormi, mangé ? Sans s’être a minima lavé, vêtu. Sans avoir l’équilibre affectif suffisant que donne la conscience du cadre… »

Il invite les formateurs et éducateurs à valoriser la vie quotidienne dans leurs pratiques, à ne pas la considérer comme une simple logistique ou une tâche subalterne. Il s’agit de reconnaître son rôle éducatif à part entière et de l’intégrer pleinement dans la réflexion pédagogique.

Lors d’une formation BAFA, par exemple, il s’agira de sensibiliser les stagiaires à l’importance de l’organisation des temps de repas, de sommeil, d’hygiène, et à leur impact sur le bien-être et la capacité des enfants à participer aux activités.

Mais le sens premier de ce texte est incontestablement de rappeler que, dans l’éducation, comme dans la tartine, l’essentiel est parfois invisible ou sous-estimé. La réussite des activités éducatives dépend de la qualité de la vie quotidienne, qui doit être pensée, organisée et valorisée comme une composante éducative à part entière.