Portrait du mois : Mélanie Bourbonnois, “semer des graines”

  • 17 mars 2020
  • Elus - Enseignants - Jeunes - Parents - Professionnels de l’animation

Actualités du réseau Portrait

Mélanie est chargée de développement pour les Francas Occitanie. Elle a en charge le secteur de l’Ariège pour 25 % de son temps de travail officiellement, mais elle y passe réellement davantage de temps.

« J’aime transmettre, semer des graines, accompagner progressivement, agir pour tous, animer des collectifs ! »

Il faut dire qu’elle est nouvelle dans le paysage partenarial ariégeois. Elle n’a découvert celui-ci qu’en 2018, et cette rencontre l’a marquée : c’était lors de la signature du Projet départemental pour des politiques éducatives concertées ! Cet événement rassemblait de nombreux acteurs éducatifs, des élus aux professionnels, s’engageant dans un projet pluriannuel et global pour les territoires. Elle n’avait pas connu un tel engouement ailleurs. En plus, l’animation par les Bataclowns a donné le ton, convivial et festif, de ce partenariat !

Le BAFA, une porte d’entrée insoupçonnée

Comme beaucoup dans ce secteur, elle y est entrée par le BAFA à 17 ans. Pourtant, enfant, sa seule journée passée en centre de loisirs reste un traumatisme. Elle avait 7 ans, et avait au fond de sa poche son ticket cantine. Mais à qui le donner ? Personne ne lui demande… Elle passera la matinée dans la peur de ne pas manger le midi ! A 17 ans, quand vient le moment de trouver un job d’été, elle se rappelle aimer s’occuper de ses cousins et cousines, dont elle s’est beaucoup occupée en tant qu’aînée. Animatrice, ça peut être sympa !

Son projet professionnel, c’est être prof de maths. Elle poursuit donc ses études jusqu’à la licence de maths fondamentales, et prévoit l’IUFM ensuite. En parallèle, elle intervient bénévolement à l’AFEV pour de l’accompagnement à la scolarité, auprès d’enfants en difficultés dans des établissements scolaires, et poursuit l’animation de colos et centres de loisirs pendant les vacances.

Elle découvre ainsi le plaisir d’accompagner ces enfants, puis des volontaires, de les éclairer, de semer des graines, de leur permettre une montée progressive en compétences, de stimuler le développement des consciences, et toutes ces valeurs de l’éducation populaire !

Quand elle va consulter les résultats de sa licence de maths, qu’elle se voit inscrite sur le panneau d’affichage, elle réalise qu’elle ne se projette plus à l’éducation Nationale, que ce métier vers lequel elle se destinait ne lui correspond plus. Son chemin de jeune adulte l’a conduit autre part. Mais où ? Que faire ?

Éducation nationale versus éducation populaire : un choix… ou plutôt une évidence !

A ce moment, s’ouvre un poste en emploi-jeune à l’AFEV, en CDI. Serait-ce une opportunité ? Elle l’a saisi, et restera 8 années à un poste de coordination et de développement de projets en Haute-Garonne. Accompagnement à la scolarité, lecture pour tous, insertion des 16-25 ans, les domaines sont variés et riches. Ce qui ne l’empêche pas, durant ses congés, de continuer à travailler dans des colos, puis d’intervenir en tant que formatrice BAFA. L’éducation populaire ne la lâche plus !

Elle arrivera aux Francas Occitanie il y a 10 ans, quand elle est retenue pour son poste actuel, sur la Haute-Garonne, et avec des missions régionales autour de l’engagement des jeunes. Elle trouvera là aussi ce qui la nourrit, avec l’accompagnement des volontaires en service civique, des juniors animateurs, le développement de comités jeunes, de l’accueil des enfants à besoins spécifiques, des projets européens…

Et c’est à l’occasion de la fusion des régions, induisant celle des associations Francas régionales et de la réorganisation des équipes, et au retour de son congé maternité qu’elle prend une mission de développement sur l’Ariège. Elle connaît bien notre département, elle y venait déjà souvent pour randonner, ou pratiquer de l’escalade, et elle l’appréciait déjà particulièrement. Elle le découvre ainsi maintenant pour ses activités professionnelles !

Place dans le partenariat ariégeois

Trouver une place dans le partenariat ariégeois n’est pas toujours simple, quand on y est depuis peu, et de surcroît à temps partiel. Les professionnels se croisent dans de multiples espaces, à diverses occasions, font référence lors des réunions à ces autres cadres, cela peut parfois être confus quand on n’est pas dans tous les espaces. La participation au Comité technique départemental au titre des fédérations d’éducation populaire a été l’opportunité pour mieux comprendre et s’intégrer. Elle souligne la richesse de se trouver tous autour de la table, d’échanger, de croiser les regards sur les institutions, les territoires. Elle apprécie la qualité des relations entre tous. Elle aimerait que tous puissent contribuer pleinement et en pleine conscience à cette culture commune. Mais parfois, les mots ne sont pas assez précis, leur sens n’est pas partagé, le comité technique devrait s’appuyer davantage sur une contribution de chacun en horizontalité, à égalité. Elle souhaiterait que les niveaux soient mieux définis, que le niveau technique permettre de réels échanges collectifs, et des accords pleins, des décisions partagées en présence de tous. Ensuite, les décisions de financement se prendraient ailleurs, au niveau politique.

Portrait chinois : Si tu étais…

Une couleur ? Le vert, l’espoir !

Un animal ? Euh, je ne sais pas trop. Un chat peut-être ? Lové au chaud, tranquille, libre, qu’il ne faut pas trop embêter !

Un souvenir ? Ouh là là, je n’ai aucune mémoire ! Côté Territoires éducatifs, je dirais la signature du Projet départemental, juste à mon arrivée. La large dimension, les objectifs communs ambitieux, la convivialité, l’implication, la mobilisation… Je me suis dit : « C’est bien d’arriver en Ariège ! ».

Un film ? Amélie Poulain, car elle prend plaisir au quotidien, elle est là pour les autres. Et aussi La Guerre des boutons, pour le collectif d’enfants, le projet commun, la vie de groupe ! J’aime le côté rébellion – comme Greta Thunberg dernièrement à la commission européenne !

Une qualité ? Franchise et honnêteté, mais ça me joue des tours parfois… J’ai du mal des fois, je ne suis pas assez diplomate.

Un défaut ? Je suis exigeante, avec moi, et aussi dans les collectifs.

Un lieu ? La montagne, ariégeoise, mais pas que ! J’aime me poser dans la nature, loin du monde, me raccorder à elle, me sentir toute petite face aux montagnes grandioses, si belles, si majestueuses. Cela renvoie à notre humble condition d’humains.

Une citation ? Bon, elle est classique mais je l’aime bien : « Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin ».

Un événement historique ? En ce lendemain de 8 mars, je dirais le droit de vote des femmes ! Il reste beaucoup de chemin à parcourir. Je ne me définis pas comme féministe, mais plutôt anti-sexiste. Les hommes aussi sont enfermés dans un rôle. L’important, ce sont les actes, le positionnement, la lutte pour l’égalité, même si nous, les femmes, partons de beaucoup plus loin.

Mélanie n’a pas de baguette magique, mais plein d’autres solutions !

L’avenir est semé d’embûches. La planète va mal. Pour Mélanie, il faut du collectif, du sens commun ! Les gens sont en attente de changement, mais ne sont pas prêts à contribuer. Elle cite l’exemple des petites communes sans liste. Comment concerner les gens ? Comment tisser le lien, notamment avec les personnes isolées ? Le rôle de l’école, de tous les acteurs éducatifs est d’accompagner les gens, les jeunes, pour qu’ils se décentrent. Et les moyens sont multiples et variés : accompagnement de projets, séjours solidaires, … Les fédérations d’éducation populaire doivent se saisir de leurs outils, pour faire évoluer la situation !

Et puis sa couleur, c’est le vert, comme l’espoir !

Maman d’une petite fille de bientôt 3 ans, elle mise résolument sur l’avenir, et veut faire sa part, un peu comme Amélie Poulain, pour le rendre meilleur. Mais elle ne dira jamais « si j’aurais su, j’aurais pas v’nu » en Ariège !

Interview réalisée par Cathy Sené

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