Portrait du mois : Camille Lefebvre, des compétences plurielles

  • 18 février 2026

Actualités du réseau Portrait

Pour ce second portrait de l’année, Pierre Escaffit a interviewé Camille Lefebvre, que nous avons notamment croisée dans le cadre de l’expérimentation sur la jeunesse en milieu rural.

Tu es aujourd’hui une personne identifiée dans le réseau jeunesse local. Je voudrais savoir quel a été ton parcours professionnel et comment tu t’es dirigée vers le secteur de l’éducation populaire ?

Mon parcours professionnel s’est construit progressivement autour de l’accompagnement des jeunes, de l’éducation populaire, du sport et du milieu social.

J’ai d’abord évolué dans le secteur privé en tant que cheffe de projet dans l’aéronautique durant 6 ans. En parallèle, j’étais investie dans le milieu sportif en tant qu’instructrice de karaté et éducatrice sportive, ce qui m’a permis de travailler au contact direct avec les jeunesses et le monde associatif.

En 2017, j’ai choisi de m’orienter pleinement vers le champ socio-éducatif en obtenant le BPJEPS, puis en intégrant la Mairie de Toulouse comme animatrice socio-éducative. J’y ai animé le service jeunesse 11/17 puis 16/25 ans, développé des projets en quartier prioritaire et travaillé en partenariat avec les acteurs locaux de l’insertion et de l’éducation.

J’ai ensuite poursuivi en tant qu’accompagnatrice socio-éducative chez Léo Lagrange et ai contribué à ce titre à la mise en œuvre de l’expérimentation départementale AJIR, sur la jeunesse en milieu rural. J’ai en parallèle obtenu le Diplôme d’État d’Éducatrice Spécialisée en 2024 ainsi qu’un certificat complémentaire de direction. En 2024, je prends le poste d’animatrice des politiques enfance-jeunesse au Conseil Départemental de l’Ariège, ou je pilote et coordonne des dispositifs à l’échelle départementale.

C’est donc un parcours mêlant gestion de projets, engagement associatif et accompagnement éducatif qui m’a naturellement conduite vers l’éducation populaire, dont je partage pleinement les valeurs d’émancipation, de participation et de pouvoir d’agir.

Tu as donc participé à l’expérimentation AJIR (Agir avec les Jeunesses pour un Impact Rural), quels ont été ses objectifs et ton rôle dans celle-ci ?

Oui, j’ai participé à l’expérimentation AJIR – portée par le réseau départemental TE09 – dans le cadre de mes fonctions d’accompagnatrice socio-éducative au sein de Léo Lagrange, en Arize Lèze.

L’objectif principal d’AJIR était de renforcer la place des jeunes en milieu rural en développant leur pouvoir d’agir, en favorisant leur participation aux dynamiques locales et en luttant contre les freins spécifiques liés à l’isolement territorial (mobilité, accès à l’information, insertion, engagement citoyen). Il s’agissait également de mieux coordonner les acteurs locaux afin de proposer des réponses adaptées aux besoins des 11/25 ans.

Dans ce cadre, j’ai exercé un rôle polyvalent. J’ai accompagné les jeunes dans leurs projets de vie, qu’ils soient professionnels, personnels, culturels, entrepreneuriaux, liés à l’insertion, à l’accès aux droits ou à l’orientation. Mon objectif principal a été de développer et animer un réseau autour de ces jeunes, afin de répondre au plus près à leurs besoins.

J’ai également piloté des projets collectifs, animé la formation Babysitting et organisé le premier Forum Job d’Été en Arize-Lèze, contribuant ainsi à créer des opportunités concrètes pour les jeunes de mon territoire.

Mon expérience en gestion de projet, combinée à mon expertise socio-éducative et à ma connaissance des dispositifs publics, m’a permis d’articuler stratégie institutionnelle et réalité de terrain. L’enjeu était de créer une dynamique collective durable au service de l’émancipation des jeunes en territoire rural.

Tu as évoqué dans ton parcours, ton poste au sein du conseil départemental de l’Ariège. Approcher ce genre d’institutions t’as permis d’enrichir ta pratique professionnelle ? De quelle façon ?

Oui, mon poste au sein du Conseil Départemental de l’Ariège a clairement enrichi ma pratique professionnelle.
Jusqu’alors, j’avais principalement exercé des fonctions de coordination et d’accompagnement au plus près du terrain. Intégrer une institution départementale m’a permis de changer d’échelle et de comprendre plus finement la logique des politiques publiques : leur élaboration, leur mise en œuvre, leurs contraintes budgétaires, ainsi que les enjeux stratégiques qui les structurent.

Cela m’a apporté une vision plus globale des dispositifs enfance-jeunesse, mais aussi une meilleure compréhension des cadres réglementaires, des financements et des partenariats institutionnels. J’ai également développé une capacité à articuler orientations politiques et réalités locales, en veillant à ce que les actions restent adaptées aux besoins des territoires et des jeunes.
Cette expérience a renforcé ma posture professionnelle : je me situe aujourd’hui à l’interface entre stratégie institutionnelle et action de terrain. Elle m’a permis de consolider mes compétences tout en gardant une approche fidèle aux valeurs de l’éducation populaire.

Par ailleurs, tu es diplômée du DEES (diplôme d’état d’éducatrice spécialisée), pourquoi avoir voulu obtenir ce diplôme ? Existe-t-il des ponts entre l’éducation populaire et l’éducation spécialisée ?

Oui, j’ai souhaité obtenir le Diplôme d’État d’Éducatrice Spécialisée parce que, au fil de mon parcours dans l’animation et la coordination jeunesse, j’ai été de plus en plus confrontée à des situations complexes : jeunes en rupture scolaire, difficultés familiales, problématiques d’insertion, fragilités sociales ou psychologiques.
Je ressentais le besoin de consolider mes compétences, notamment en matière d’accompagnement individuel, d’analyse des situations, de posture professionnelle et de cadre éthique.

Pour moi, il existe de véritables ponts entre l’éducation populaire et l’éducation spécialisée. Les deux champs partagent des valeurs communes : l’émancipation, le respect de la personne, la participation et le développement du pouvoir d’agir.
Là où l’éducation populaire agit souvent dans une logique collective et préventive, en favorisant l’engagement et la citoyenneté, l’éducation spécialisée intervient davantage dans l’accompagnement individualisé de personnes en difficulté. Mais les approches sont complémentaires : l’une permet de créer du lien social et des dynamiques collectives, l’autre d’apporter un soutien plus ciblé lorsque les fragilités sont importantes.

Dans mon parcours, ces deux dimensions se nourrissent mutuellement : ma culture de l’éducation populaire m’aide à maintenir une approche participative et collective, tandis que le DEES renforce ma capacité d’analyse, d’accompagnement et de sécurisation des parcours.

Tu as un parcours riche en diversité, des compétences plurielles, quelle est la suite de ton projet professionnel ?

Effectivement, mon parcours est marqué par une certaine diversité, mais il est guidé par un fil conducteur clair : l’engagement en faveur des jeunes et le développement de politiques éducatives cohérentes sur les territoires.
La suite de mon projet professionnel et associatif s’inscrit dans cette continuité. Je souhaite également continuer à développer l’innovation sociale, notamment autour de la participation des jeunes et du pouvoir d’agir avec l’association Regards Croisés.

Si nous laissons de côté ton implication dans le champ de la jeunesse, as-tu des passions, des activités personnelles dont tu souhaites parler ?

En dehors de mon engagement auprès des jeunes, j’ai plusieurs passions qui me tiennent à cœur. J’ai pratiqué le karaté pendant 15 ans, une discipline qui m’a apporté rigueur, équilibre et un véritable sens du dépassement de soi. Je continue à transmettre ma passion pour le sport en donnant deux heures de cours de fitness chaque semaine, ce qui me permet aussi de rester active et à jour.
J’aime également le trail et la course à pied, des activités qui me ressourcent tout en s’adaptant facilement à ma vie de famille.

Mais ma plus grande source de bonheur reste ma famille : je suis profondément investie dans l’éducation et le quotidien de mes deux enfants, qui m’inspirent chaque jour et m’aident à transmettre des valeurs essentielles.

Interview et portrait réalisés par Pierre Escaffit