Autoportrait : Jordan Boissière-Navarro

  • 23 octobre 2020
  • Elus - Enseignants - Jeunes - Parents - Professionnels de l’animation

Actualités du réseau Portrait

Le portrait du mois sera un autoportrait. Jordan Boissière Navarro vient de rejoindre la plateforme « Territoires Educatifs » en tant que référent de l’expérimentation « jeunesse en milieu rural ».

Il s’est livré à ce jeu de l’autoportrait avec plaisir et avec une grande sincérité qui le caractérise incontestablement.

« Promouvoir l’imagination sans tomber dans le mauvais genre, faut du doigté ! »

Écrite par Michel Audiard, cette citation de Rita (Marlène Jobert) dans “Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages”, j’ai souhaité la convoquer – en l’extrayant de toute grivoiserie – pour tenter de qualifier simplement ma mission pour les 3 prochaines années (et plus si affinités !).

Petit-fils de réfugiés espagnols et d’immigrés tchequoslovaques, lyonnais de naissance, adolescent périgourdin puis charentais, je viens aujourd’hui poser mes stylos et ma sacoche en cette belle terre d’Ariège afin d’y coordonner l’expérimentation Jeunesse en Milieu Rural au sein de la Plateforme Partenariale « Territoires Éducatifs », et ce pour mon plus grand plaisir.

Fruit de « métissages » européens, porté par des déménagements familiaux et les nouvelles rencontres, j’ai très jeune été piqué par le virus de l’engagement. Dès le lycée, je me suis engagé au sein des instances de Vie Lycéenne et d’une association représentative nationale. Alors, naturellement, entré à l’Université, cette fièvre ne m’a pas quittée et en l’absence de règles sur le cumul des mandats, j’ai eu la chance d’être tantôt élu au CROUS (en charge des politiques sociales étudiantes), président d’un mouvement « syndical », élu de l’Université… militant, de tout temps.

Une vocation

Chacun de ces engagements, de ces mandats, a contribué à me construire humainement mais aussi à me faire découvrir mon métier, ma vocation en ce monde palpitant qu’est la coordination de projets socioculturels. Formé en DUT Animation sociale et socioculturelle, j’ai pu faire mes premières armes dans l’Education Nationale, en lycée. Au sein d’un de ces vieux établissements de ZEP qui croyait en l’importance de l’éducation non-formelle et dédiait ainsi des postes de pions (d’AED pardon) à la dynamisation de la Vie Lycéenne : passant ainsi de la théorie à la pratique, je fais la connaissance plus intime de l’éducation populaire et de ses méandres.

Mon chemin professionnel va se poursuivre sur cette voie autour d’expériences très diverses en Cabinet d’élu, au service Sports d’une collectivité, à la création d’une Coopérative Jeunesse d’Activités… Les activités se suivent, sans se ressembler et je garde surtout chevillée au corps cette intangible envie de transmettre, d’accompagner l’autre, de promouvoir l’imagination en somme.

En 2018, après une riche année en responsabilité de la Vie Étudiante & Associative d’une Université bordelaise, je réalise un très très très vieux rêve : partir au Canada !

Un voyage structurant

Deux valises sous les bras, quelques économies (qui ont été généreusement augmentées par la magie du taux de change) et un ami aventureux pour découvrir ce pays immense et merveilleux : Toronto, Winnipeg, Victoria, Calgary, Banff, Montréal, Ottawa, Halifax, Gatineau, Sept-Îles, Charlottetown, Niagara… Ces quelques noms sur la page m’y replonge tout de go. Ce voyage m’a durablement apporté, construit même, par la grandiosité des paysages, la gentillesse des Canadiens, l’expérience de l’immigration et de ses galères, les différences culturelles, le travail social à des années-lumière du nôtre…

C’est incroyablement enrichi de ce périple outre-Atlantique que nous avons dû rentrer en France et que j’ai ainsi atterri au sein de l’association Unis-Cité, à Arcachon en Gironde tout d’abord afin d’y créer une antenne autour d’une promotion de 20 volontaires en Service Civique que j’ai dû recruter, tout en fédérant des partenaires et en me ré-acclimatant à l’humidité française. J’ai ainsi passé 2 années enrichissantes au sein de cette grande association, jusqu’au jour où tout a basculé…

Un coup de cœur

Été-automne 2020, naviguant sur internet, je suis saisi d’un coup de cœur. Un vrai. Un coup de cœur professionnel pour l’offre publiée par la Plateforme « Territoires Éducatifs » au titre de l’expérimentation Jeunesse en Milieu Rural.

Je postule alors immédiatement en soignant à l’outrance ma candidature et chaque jour, j’actualise fébrilement ma boite mail, surveille avec zèle mon téléphone… Attendant un signe de Nadine. C’est ainsi qu’après un processus de départ (d’Unis-Cité) et d’arrivée en Ariège qui a pu me sembler une éternité (l’impatience est un vilain défaut, assurément), je suis arrivé, bien décidé à offrir une belle relation à ce coup de cœur.

Portrait-chinois

– Une couleur ?

Le Bleu-Vert, ce côté vif, vivant, profond, océanique et ce rappel indéniable, immuable à la terre, une ancre.

– Un animal ?

Le Labrador ! Gentil, sociable, fidèle, taquin, c’est mon « Patronus » pour sûr !

– Un souvenir ?

Traumatique mais mobilisateur : le 13 novembre 2015. Dans le cadre de la formation des élus du lycée qui m’employait, j’avais organisé un voyage pédagogique à Paris (rencontres de personnalités politiques inspirantes au Sénat, au Conseil Constitutionnel, à l’Élysée…), nous étions dans le TGV à 21h quand les premières dépêches annonçaient la cavalcade meurtrière dans Paris. Nous avons alors communié tous ensemble, élèves et agents, athées, cathos, musulmans, juifs… Un souvenir aussi violent que triste mais dans lequel nous avons expérimenté une force commune, puisé une énergie amicale en tous et toutes.

– Un film ou une série ?

Borgen ! Série politique danoise produite par Arte absolument remarquable, je prends plaisir à la revoir au moins une fois par an.

– Une qualité ?

Ma patience, mon calme aussi. Toujours nécessaires !

– Un défaut ?

Une mémoire de poisson-rouge… Et une petite tendance à la digression, cela ne fait pas bon ménage il parait ?

– Un lieu ?

Une atmosphère plutôt : un plaid, un chocolat chaud, un chouette bouquin, un feu de cheminée et une vue dégagée sur les Pyrénées, Ariégeoise, bien entendu. Un rêve quoi !

– Une citation ?

Un peu d’amour et d’amitié ? Au décès de son ami, et amoureux André Fraigneau, Marguerite Yourcenar a rédigé un poème incroyablement beau et triste tout à la fois, plein de cette douceur qui les unissait : « Vous ne saurez jamais que votre âme voyage, comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté. Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge, n’empêcheront jamais que n’ayez été ! ». Ce poème, je l’ai découvert récité par Jean d’Ormesson, lors d’une de ses dernières conférences. Un souvenir, formidable là-aussi.

– Un évènement historique ?

17 octobre 1961 : des manifestants Algériens bravent le couvre-feu imposé aux maghrébins à Paris. La manifestation est sévèrement réprimée sur ordre de Maurice Papon, entre 38 et 100 Algériens sont noyés dans la Seine. La mémoire de cet évènement, comme beaucoup liés à notre histoire (dé)coloniale est assez timide malheureusement mais les générations avançant et les traumatismes s’exprimant davantage, je suis convaincu que nous cheminons vers davantage de réconciliations, de résorptions des plaies, de vivre ensemble en somme.